Après les élections législatives du 7 juillet 2024, la France se trouve face à une situation politique inédite. Aucun parti n’a la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Pour gouverner, les partis vont devoir s’allier. Depuis les Pays-Bas, j’observe les réactions françaises et je lis les diverses tribunes avec un brin d’incompréhension, car ici, les Néerlandais ne connaissent que le compromis.
Les Pays-Bas sont une monarchie parlementaire. Les élections législatives sont un scrutin proportionnel plurinominal avec vote préférentiel. Les électeurs choisissent leur candidat sur une liste nationale. Comme ils votent pour une personne, il peut arriver qu’un candidat relativement bas sur la liste passe devant les candidats plus hauts sur la liste. De plus, il n’est pas question ici de circonscriptions. L’entre-deux tours et ses reports de voix n’existent pas. Lors des dernières élections, celles de 2023, plus de 77% des citoyens néerlandais ont voté. La Seconde Chambre (équivalent de l’Assemblée nationale) est constituée de 150 députés. Depuis 80 ans, aucun parti n’a eu la majorité absolue.
Aux Pays-Bas, dès le lendemain des élections, la Seconde Chambre désigne un verkenner, traduire un explorateur. Ce verkenner a des entretiens avec tous les partis pour étudier les possibilités d’alliances qui aboutiraient à une majorité absolue. Certains partis refusent par exemple de s’allier à l’extrême droite, d’autres sont plus ouverts. Le verkenner écrit un rapport qui est ensuite présenté et débattu à la Seconde Chambre. La Seconde Chambre nomme ensuite un informateur. Sous la direction de l’informateur, les négociateurs des partis qui pourraient former une coalition vont se réunir pour tenter d’aboutir à un accord de coalition. C’est le moment où chaque parti négocie le contenu de l’accord sur base des différents programmes électoraux. Il va aussi être question du partage des postes de ministres et de secrétaires d’État en fonction des priorités de chaque parti et des résultats des élections. Un parti ayant réuni plus de voix, et donc plus de sièges à la Seconde Chambre, obtiendra en principe plus de postes. Dans le meilleur des cas, au terme de semaines de négociations, ils arrivent à un accord de coalition qui va constituer la feuille de route du gouvernement à venir. Je dis bien « dans le meilleur des cas », car il arrive que les partis n’arrivent pas à se mettre d’accord. Les négociations reprennent alors, mais avec une autre alliance de partis obtenant ensemble si possible une majorité absolue. Lorsque l’accord de coalition est prêt, l’informateur le présente à la Seconde Chambre et un formateur est nommé. Il s’agit souvent du futur Premier ministre. Le Premier ministre est en général issu du parti détenant le plus de sièges. Pendant la formatie, le formateur rencontre les potentiels candidats aux postes ministériels. Un gouvernement est alors formé. Le gouvernement est ensuite nommé et présenté au roi. Le résultat est finalement un gouvernement pluriel qui compte parfois jusqu’à cinq partis politiques.
Pendant la formatie, le gouvernement démissionnaire reste en place. Il continue de gérer les affaires courantes du pays, car cette période peut durer de nombreux mois. Pour les dernières élections, elle a été assez rapide et n’a duré que 223 jours, soit 7 mois et demi.
Ce processus peut varier de formatie en formatie mais dans tous les cas, pour arriver à une coalition, les Néerlandais doivent dialoguer. Or dès le 7 juillet au soir, lors de la soirée électorale sur France 2, tandis que seul un élu français essayait d’expliquer qu’il allait falloir créer des alliances autour de projets, au bout de deux phrases, plus aucun des autres représentants de parti ne l’écoutait. La campagne et le temps du débat étaient terminés, mais je ne voyais que des égos incapables d’écouter et de chercher à comprendre. Le dialogue semblait impossible. Les Français veulent du changement. Les politiciens français vont donc devoir apprendre à faire de la politique autrement et porter ce changement. À 20h30, je décidais d’éteindre la télévision, fatiguée par la cacophonie d’individus brandissant l’intérêt des Français tout en les déshonorant par leur comportement.
Après avoir été fière du réveil démocratique, j’étais déçue. Je me demande si nos élus vont être à la hauteur de cette ouverture à l’autre et du vivre ensemble qu’ils ont tellement brandis pendant la campagne.

Les électeurs néerlandais votent avec un crayon rouge en coloriant le rond devant le nom du candidat qu’ils choississent
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