Les stylos sont aiguisés

Les livres sont ma passion. J’aime les acheter, les offrir et les partager, les toucher, les sentir et les regarder, les lire, les relire et les écrire.

Lors de mes premières années de vie aux Pays-Bas, mes visites de librairies se résumaient à un passage rarement fructueux devant une pauvre étagère de classiques français. A chacun de mes retours de l’Hexagone, ma valise débordait de livres.

Aujourd’hui, je voyage un peu plus léger et je commande les ouvrages francophones sur Internet lorsque mes réserves des vacances sont épuisées. De plus, mon niveau en néerlandais me permet à présent de lire presque ce que je veux dans cette langue. Je peux donc enfin m’adonner ici au seul shopping que j’aime ; celui de livres. Certains vont à l’église, je vais dans les librairies. La littérature est ma religion.

Malheureusement, aux Pays-Bas, avec l’arrivée de la vente sur Internet et du livre numérique, j’ai vu des librairies souffrir, j’en ai même vu fermer. Coûte que coûte, la librairie de mon village, De Omslag est restée ouverte.

Puis ce printemps, De Omslag a annoncé qu’elle déménageait. J’ai eu des sueurs froides. La librairie allait-elle réduire ses frais et se satisfaire de plus petit ?

Pas du tout ! De Omslag a rouvert ses portes sur une superficie qui a facilement doublé, sur un parquet blond suédois, des tables rondes, basses, qui peuvent être déplacées, un piano à côté du poêle, des murs (pour ceux non couverts de livres) nous transportant dans une forêt scandinave. Ses adorables libraires sont toujours au rendez-vous. Des ateliers y sont organisés, mais aussi des lectures, des débats, des concerts. Samedi, un écrivain jeunesse a présenté son dernier livre et ce week-end, un quatuor donnera la première de son récital de Noël. Ce n’est plus une librairie, c’est un lieu avec une âme où se rencontrent des êtres et des mots.

Certaines librairies sont encore bien vivantes car, pour citer l’auteur néerlandais Alex Boogers, « le lecteur n’est pas mort ».

Il écrit (je traduis) « Le lecteur n’est pas mort. Nous le laissons mourir de soif dans un paysage détérioré. Nous lui donnons du sable au lieu de l’eau. Mais il n’est pas mort. Il rampe. Et il n’est pas seul, ils sont plusieurs. Il y a toujours quelque part un lecteur – jeune ou vieux, pauvre ou riche, blanc ou noir – qui cherche l’histoire qui lui est destinée ».

Nous avons tous besoin d’histoires et d’identification. Nous avons besoin d’une intimité avec les personnages, intimité qui ne peut s’installer que dans la lenteur et la profondeur de l’écrit. Les séries télé réussissent aussi de mieux en mieux à nous rapprocher des protagonistes. Il y manque cependant la liberté d’imaginer.

Je ne suis pas fan du petit écran. Pourtant pendant sept semaines, tous les jeudis soir, j’ai suivi un programme de télé plus ou moins réalité en prime time sur – vous êtes assis(e) ? – l’écriture.

Dans « les stylos sont aiguisés », un journaliste, une actrice, un créateur de mode, un directeur d’un musée, une artiste, une écrivaine de théâtre et un psychologue ont participé à un concours littéraire. Toutes les semaines, ils ont eu une consigne d’écriture pour un texte de 750 à 1250 mots. Ils ont été conseillés par une auteure connue, Saskia Noort, et par deux agents littéraires. Alors d’accord, le genre choisi a été le polar, accessible et télévisuel. Les apprentis écrivains ont dû faire des recherches documentaires, interviewer des familles de victimes de meurtres et des policiers, aller sur une scène de crime, mais le programme s’est également concentré sur les heures de silence et de travail solitaire. Dans chaque épisode, de véritables conseils d’écriture sur entre autres le style, la structure, la construction des personnages, les dialogues, ont été donnés. Chaque semaine, les candidats ont été jugés sur la qualité littéraire de leurs textes, car au terme de ces sept semaines, le gagnant, en l’occurrence une gagnante, a remporté un contrat d’édition. Le Saint Graal n’était pas un disque et une voiture mais l’écriture d’un livre.

Alors en France où nous n’avons pas peur d’importer des programmes néerlandais (non, non Big Brother n’est pas américain), à quand « Les stylos sont aiguisés » à l’heure de The Voice ?

de-omslag-10Librairie « De Omslag », Rosmalen

2 réflexions sur “Les stylos sont aiguisés

  1. bonjour Océane
    je lis tes articles depuis le début et je me régale – j’attends toujours les suivants avec impatience –
    Tu parles de la librairie de ton village à l’ambiance très chaleureuse – A Aix il n’en existe qu’une – et encore rien de comparable à celle de De Omslag – il s’agit de la librairie britannique où l’on peut déguster un bon thé tout en lisant…Bon il est vrai que la librairie Goulard offre quelques petites tables où l’on peut consulter les bouquins. Mais pas dans le calme! Ces tables se trouvent sur le passage « piétons » qui mène à l’autre bout de la librairie!
    Je partage beaucoup tes opinions et tes idées tu le sais.
    Je suis heureuse de voir que tout se passe pour le mieux dans ton pays d’adoption.
    Je t’embrasse amicalement
    Jacqueline TOMAS

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