Willy

Willy vient de fêter ses cinquante ans.

L’apparition de pâtisseries orange chez le boulanger et de vêtements criards dans les boutiques sont les signes précurseurs du Jour du Roi, la fête nationale néerlandaise qui célèbre le 27 avril l’anniversaire de sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Willem-Alexander, Prince d’Orange-Nassau, alias Willy.

Les festivités commencent dans les écoles primaires par les Jeux du Roi. Les enfants s’adonnent à des jeux traditionnels comme la marche sur échasse ou le tir de corde. Au préalable, pendant une semaine, ma six-ans nous a épuisé nerveusement en passant en boucle la chanson de l’année, aux paroles simplistes et à la mélodie entraînante, et en répétant la chorégraphie pour l’ouverture des Jeux.

Il m’a été impossible de ne pas comparer ce lavage de cerveau à de la propagande Nord-Coréenne. Puis les Jeux ont été ouverts dans une cacophonie et un désordre absolu, et j’ai spontanément retiré le qualificatif de Nord-Coréen. La manifestation était joyeuse, conviviale et parfaitement indisciplinée.

70% des néerlandais soutiennent la monarchie qui assurerait une continuité dans la représentation du pays. Le roi est cependant une marionnette sans pouvoir, qui n’a pas le droit d’exprimer d’opinion et qui serre des mains en souriant bêtement. Cette marionnette de luxe coûte aux contribuables 40 millions par an, pour le personnel, les transports, l’entretien des palais, ses indemnités et les indemnités de sa femme, la reine Maxima, accessoirement une roturière argentine, fille d’un ancien ministre sous la dictature militaire de Videla. Il y a quinze ans, pour pouvoir épouser Willem-Alexander, Maxima a déclaré prendre distance avec sa famille. Puis, dans l’église, elle a eu le bon goût de pleurer sur un air de tango. Ses larmes ont lavé le passé de son père.

Je suis républicaine (r minuscule) et je n’arrive pas à concevoir qu’un pays sponsorise des gens qui n’ont pas été choisis. Au-delà du nombre de zéros avant la virgule, je ne comprends pas pourquoi le citoyen lambda devrait par exemple payer les études de l’héritière du trône (une bagatelle de 1.5 million d’euros par an à partir de 2021) alors qu’une jeune fille du même âge devra travailler dans un fastfood dans les odeurs de gras et s’endetter pour subvenir à ses besoins et financer sa scolarité. Mon incompréhension est d’autant plus grande que la mission de la future reine consistera, comme son père aujourd’hui, à lire des speechs qu’elle n’aura pas écrits, porter des robes en tissu d’ameublement et couper des rubans.

Enfin, ça ne semble déranger personne. Le 27 avril, le drapeau tricolore et la flamme orange flottaient aux murs de la plupart des maisons. Le pays entier était dans la rue, vêtu en orange bien sûr, une bière à la main. Les enfants ont vidé leurs placards et ont vendu sur une couverture à même le trottoir leurs vieux jouets. La pluie ne les a pas dérangés, des bâches avaient été prévues.

La famille royale était aussi dans la rue, a mangé du hareng avec le peuple, a joué au basketball en fauteuil roulant. Il faut bien dire qu’ils ne se prennent pas (trop) au sérieux. Au nom de la liberté d’expression, Willem-Alexander laisse Lucky TV doubler les images de son couple et le faire passer pour un beauf porté sur la bouteille. Maxima, alias Max, est quant à elle présentée comme une pintade ricaneuse.

Pour les cinquante ans de Willy, l’événement a été encore plus couvert par les médias que d’habitude. J’ai à cette occasion pu lire un article qui m’a fait réfléchir. Finalement, le roi n’a pas choisi d’être en permanence observé, de devoir toujours être en représentation, de ne jamais pouvoir dire « non, je ne suis pas d’accord ». Toute sa vie est offerte, sacrifiée, au désir du peuple de croire aux contes de fées. Willy mérite un peu plus d’empathie, car ce n’est pas un mauvais bougre. Il fait ce que le peuple attend de lui. Il est toujours gentil et semble toujours intéressé, quel que soit son interlocuteur. Cette année, il a même donné un dîner au Palais. Il avait invité 150 néerlandais qui eux aussi fêtaient leur anniversaire le 27 avril. L’idée était généreuse, non ?

Mais au fait, qui a financé cette action marketing ?

WillyPour les 50 ans du roi, des stylistes du journal Brabants Dagblad ont relooké Willy

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