Lundi Blues

Lundi, nous venons parait-il de vivre le jour le plus déprimant de l’année. Tout le monde aux Pays-Bas cherche à expliquer le phénomène du « Lundi Blues » qui arrive juste trois semaines après avoir célébré l’entrée dans le nouvel an.

La St Silvestre est ici aussi largement fêtée mais les coutumes sont bien différentes de la France. Après avoir dîné à la plancha entre amis, à minuit, tout bon Hollandais qui se respecte sort dans la rue pour souhaiter la bonne année à ses voisins et tirer des feux d’artifices sauvages depuis son trottoir. Dans la nuit, on se fait la bise, on boit un verre de Prosecco et on mange une Oliebol, traduire boule d’huile, un beignet quoi. Des lèvres brillantes de gras et parsemées de sucre glace sort alors cette question : « Quelles sont vos résolutions pour la nouvelle année ? ».

Le Lundi Blues prend source dans cette question. Tout le monde prend des bonnes résolutions en pensant que décider est synonyme de mettre en œuvre. Mais au bout de trois semaines à essayer de s’affamer alors que les températures extérieures appellent une saucisse fumée sur son lit de chou vert-pommes de terre-lardons, on se rend compte que les bonnes résolutions sont parties avec la fumée d’une cigarette rallumée. Comme en plus on n’est pas en forme en pleine épidémie de grippe et qu’il fait sombre, et bien ce lundi-là, certains ont le blues.

Les résolutions néerlandaises ressemblent aux françaises : faire plus de sport, cuisiner plus sain, voir plus ses amis, apprendre une langue étrangère. Bref, faire toujours et encore plus. Mais il faut savoir que le Hollandais est déjà quelqu’un de très pris.

La culture néerlandaise ne peut s’appréhender qu’en comprenant l’importance d’être toujours « druk », c’est-à-dire occupé. Le taux de remplissage de l’agenda semble ici un indicateur clé de la réussite. Plus on est « druk », plus on est important, semble être le leitmotiv. Et pour gérer ses occupations, le Néerlandais ne se sépare pas de son agenda. Je dois avouer que j’aime, à la hollandaise, planifier, gérer mon temps de manière optimale mais je veux choisir l’utilisation faite de ma vie. Aux Pays-Bas, c’est l’agenda qui commande : si les pages sont vides c’est que l’on est disponible. Comme si c’était l’objet qui décidait.

Les merveilleuses pages blanches dans les agendas sont rares car les Néerlandais pratiquent la thérapie occupationnelle de groupe. De retour de vacances, ils planifient déjà les prochaines. S’il n’y a pas de match de foot un week-end, ils organisent un cours de kick box. Chaque club, école, travail a son barbecue, sa fête de fin d’année, sa fête du prof, sa fête de l’été, et je ne vous donne ici qu’un échantillon, j’aurai l’occasion de vous en reparler. Toutes ses activités sont sympathiques et conviviales, mais comme toutes bonnes choses, si on en consomme trop, on frise l’indigestion. J’avoue qu’il m’arrive de rayer des jours, voire des semaines de mon agenda pour y faire entrer des pages vierges à remplir, ou non, à loisir.

Avec leurs journées chronométrées, les Hollandais ne supportent pas les retards. Un retard signifie que tout le planning du jour, voire de la semaine est perturbé. Les Bataves détestent donc attendre. Chez un médecin, il n’y a jamais plus de dix minutes de retard. A la caisse, on ne traine pas. Lorsque l’on a payé, la caissière fait passer la personne suivante. Elle n’attend pas que l’on ait rangé les courses. Pas le temps.

Bon d’ailleurs, je bavarde mais les heures imparties à l’écriture de cet article sont écoulées. Mon agenda me dit qu’à présent je dois réfléchir à une idée pour la fête des lettres pour les CP. La classe de ma six ans vient de terminer d’apprendre à lire tout l’alphabet. Les maitresses ont dû pressentir un vide angoissant dans les agendas des parents et pour lutter contre le vertige ont décidé de nous demander d’organiser une surprise pour les enfants dans la salle de théâtre pour fêter l’évènement.

Même en ayant abandonné les bonnes résolutions, dans cette course effrénée du quotidien, je ne sais pas comment certains ont le temps d’avoir le blues.

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La digue en hiver

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